Mieux vivre : en maîtrisant votre énergie psychique

Mieux vivre : en maîtrisant votre énergie psychique

Reflexions tirées du livre de Csikszentmihalyi « Mieux vivre : en maîtrisant votre énergie psychique »

Dand ce livre, Mihaly Csikszentmihalyi développe sa théorie selon laquelle les individus sont les plus heureux lorsqu’ils sont dans un état de flow (flux), un état de concentration ou d’absorption complète dans une activité

Dès les années 70, Csikszentmihalyi (1975) a voulu identifier les conditions qui pouvaient caractériser les moments que les gens décrivaient parmi les meilleurs de leur vie. Il a interrogé des alpinistes, des joueurs d’échec, des compositeurs de musique et d’autres personnes qui consacraient beaucoup de temps et d’énergie à des activités pour le simple plaisir de les faire sans recherche de gratifications conventionnelles comme l’argent ou la reconnaissance sociale.

Les résultats de ces recherches lui ont permis de définir le concept de l’expérience optimale qu’il appelle « flow » (Csikszentmihalyi, 1990) qui réfère à l’état subjectif de se sentir bien (Csikszentmihalyi & Patton, 1997).

« Voilà ce que nous entendons par expérience optimale. C’est ce que ressent le navigateur quand le vent fouette son visage,…, c’est le sentiment d’un parent au premier sourire de son enfant. Pareilles expériences intenses ne surviennent pas seulement lorsque les conditions externes sont favorables. Des survivants de camp de concentration se rappellent avoir vécu de riches et intenses expériences intérieures en réaction à des évènements aussi simples que le chant d’un oiseau [...]. Ces grands moments de la vie surviennent quand le corps ou l’esprit sont utilisés jusqu’à leurs limites dans un effort volontaire en vue de réaliser quelque chose de difficile et d’important. L’expérience optimale est donc quelque chose que l’on peut provoquer… Pour chacun, il y a des milliers de possibilités ou de défis susceptibles de favoriser le développement de soi (par l’expérience optimale). » (Csikszentmihalyi, 2004, p17).

L’état de flow est un état optimal de motivation intrinsèque, où l’individu est entièrement immergé dans son activité. C’est un sentiment que chacun peut éprouver, caractérisé par une grande impression de liberté, de joie, d’accomplissement et de compétence, et durant laquelle le temps semble disparaître.`

Dans les versions françaises des textes de Csikszentmihalyi, on trouve indifféremment les termes de « flux », d’« expérience-flux », d’« expérience optimale » ou de « négentropie psychique » (version française de « Mieux vivre », traduite par Claude-Christine Farny, en 2005)

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flow Mieux vivre : en maîtrisant votre énergie psychiqueLe temps libre est une des plus fortes aspirations chez l’homme actuellement; le travail apparaissant comme un mal nécessaire alors que l’absence de toute activité serait pour certains, la voie vers le bonheur. Sauf que bien profiter de ses loisirs est plus difficile qu’on ne le pense et ne va pas de soi.
Le temps libre peut même constituer un réel problème si nous ne l’employons pas intelligemment. Il ne rend pas la vie meilleure à moins que l’on ne sache en tirer parti.

L’homme n’est pas fait pour l’oisiveté et notre système nerveux ne serait pas capable de gérer de longs espaces de temps dénués d’obstacles ou de dangers.
L’Histoire nous montre que dans les sociétés où les hommes avaient beaucoup de temps libre, des pratiques culturelles élaborées étaient mises en place pour occuper l’esprit.
Le « syndrome de la névrose dominicale » en est une démonstration, de même que les troubles mentaux apparaissant plus fréquemment pendant les congés, ou bien la retraite qui peut être synonyme de dépression pour ceux qui se sont toute leur vie identifiés à leur travail.
Même la santé physique s’améliore lorsque la personne est tendue vers un but.

Sans but, on perd motivation et concentration, et on multiplie les facteurs d’anxiété.
L’être humain pour se sentir mieux a besoin de relever des défis, de résoudre des problèmes, de découvrir de nouvelles choses. La plupart des activités qui produisent cet état de bien-être, de bonheur (le fameux « flux » cher à Csikszentmihalyi) se définissent par, un but clair, des règles précises et une rétroaction immédiate. Or ce sont précisément ces conditions qui manquent dans le domaine des loisirs. Si pratiquer un sport, une activité artistique ou une passion permettent de ressentir le flux, la simple situation de liberté sans sollicitation de notre attention, va provoquer au contraire un sentiment d’apathie et d’indifférence.

Il faut en effet distinguer deux types de loisirs dont les effets psychologiques s’opposent : les loisirs actifs et les loisirs passifs.
Par loisirs actifs entendez le sport, les activités artistiques, les violons d’ingres, qui vont nous procurer une forte sensation de plaisir, de bonheur et par loisir passif, la télévision, la lecture de romans à l’eau de rose, les jeux vidéos… qui eux ne vont nous apporter qu’un plaisir éphémère et pas complètement satisfaisant.

Paradoxalement, l’homme passe beaucoup plus de temps à s’occuper avec des loisirs passifs qu’avec des loisirs actifs, alors que sa satisfaction et son bonheur y sont beaucoup moins importants. En proportion, nous passons 4 fois plus de temps à faire des activités qui ont deux fois moins de chance de nous donner du plaisir. Je vous laisse faire le calcul ;o)
Par exemple nous allons passer plus de temps à regarder la télévision qu’à faire du sport (ou toute autre activité favorite) alors que cela nous procure un plaisir beaucoup moins intense et plus éphémère.

La raison qui peut expliquer cette constatation est qu’une activité génératrice de « flux » (de réel bien-être) nécessite un investissement personnel de départ qui va demander de l’énergie, et quand on se sent trop fatigué ou paresseux pour franchir cet obstacle préliminaire, on va se rabattre sur des activités moins agréables (mais moins coûteuses en terme d’énergie). Parfois par exemple, on voudrait faire du sport, mais cela demande de se mettre en tenue, de braver le froid, de prendre sa voiture…, autant de freins à la réalisation de cette activité.
C’est là qu’interviennent les activités de loisirs passifs. Traîner avec des copains, lire un livre facile ou allumer un téléviseur ne demande pas une dépense d’énergie préalable importante et n’exige ni savoir-faire ni concentration.
Profiter au mieux de son temps libre demande autant d’ingéniosité et d’attention qu’à son travail et les loisirs actifs sont plus difficiles, plus exigeants et parfois générateurs d’anxiété, ce qui n’est pas le cas des loisirs passifs.

Cela ne veut pas dire qu’il faille proscrire les loisirs passifs, on a besoin de temps en temps pour se détendre, de lire des romans à l’eau de rose ou de se vautrer dans le canapé les yeux dans le vide devant le petit écran. Cela fait aussi du bien.
Mais comme pour tout, tout est question de dosage. Les loisirs passifs deviennent un problème lorsqu’ils constituent l’unique forme de loisirs.
L’habitude des loisirs passifs peut amener l’individu à se couper de choix qu’il aurait pu faire pour améliorer sa vie en l’entraînant dans un cercle vicieux de cause à effet.

Tous les arts et artisanats traditionnels sont nés grâce à la volonté de gens ordinaires d’exprimer leur savoir-faire; on a du mal à imaginer ce que serait notre monde si nos ancêtres s’étaient contentés de loisirs passifs au lieu de voir dans leur temps libre une occasion d’explorer le savoir et la beauté.
De même que la qualité d’une vie individuelle dépend dans une large mesure de l’utilisation du temps libre, la qualité d’une société résulte de la manière dont ses membres occupent leurs loisirs.

Les habitudes de loisirs, au niveau social et au niveau personnel, agissent autant comme causes que comme conséquences. Lorsque le style de vie d’un groupe social devient obsolète, lorsque le travail se transforme en une routine ennuyeuse et que les responsabilités de la communauté perdent leur signification, on peut prévoir que les loisirs vont prendre une importance accrue.
Et si une société devient trop dépendante de ses distractions on peut prévoir qu’elle n’aura plus assez d’énergie psychique pour relever les défis technologiques et économiques qui ne manqueront pas de se présenter.
On ne peut pas ne pas tenir compte des conséquences à long terme du consumérisme pratiqué par les jeunes générations d’aujourd’hui accros à des loisirs passifs.
Combien de personnes continuent à ignorer qu’elles peuvent gérer leur énergie psychique de façon à tirer un meilleur profit de leur vie quotidienne ?

Comment éviter alors le danger que constitue la polarisation de nos vies actuelles autour de loisirs dénués de significations parce qu’inutiles et d’un travail dénué de signification parce que forcé ?

L’une des issues possibles est de retrouver le plaisir dans notre travail. Le travail devient ainsi lui-même un plaisir, et le temps libre une véritable récréation au lieu d’un abrutissement programmé.

Le travail tenant une place centrale dans notre vie, il devrait être aussi agréable et gratifiant que possible, pourtant beaucoup de gens estiment que si leur salaire est correct et leur sécurité garantie, peu importe que leur métier soit ennuyeux ou aliénant.
Une telle attitude équivaut à gaspiller presque 40% de son temps de veille. En termes de qualité de vie, il vaut mieux faire un métier qui corresponde à nos aspirations qu’un métier qui nous enrichit matériellement et nous appauvrit psychologiquement.
C’est ainsi que de nombreuses personnes confrontées à la stérilité de leur métier ont délaissé complètement des responsabilités pour s’adonner à une vie plus génératrice de flux. Ils ont constaté qu’en devenant l’esclave de leur travail ou en se réfugiant dans les loisirs à temps complet, ils passaient à côté de trop de choses. Ils ont donc cherché et trouvé une occupation productive qui leur permette également de multiplier les expériences-flux.
Devenir charpentier après avoir brassé les affaires, voilà un exemple de ce que certains êtres sont capables de faire pour améliorer leur vie.
Sans aller jusque là, il y a mille façons de rendre son travail plus gratifiant et d’en retirer une expérience positive, mais cela suppose d’y réfléchir et de se soucier de ce qu’on fait, en plus de faire son travail proprement dit.
Et si le métier qu’on exerce ne peut vraiment pas être amélioré, il faut faire de son temps libre une réelle occasion de vivre des expériences optimales, d’explorer son être et tout ce qui l’entoure.

Par chance, le monde regorge littéralement de choses intéressantes à faire, les seuls obstacles étant le manque d’imagination ou d’énergie.
Chacun d’entre nous est capable d’être poète, musicien, inventeur, explorateur, savant amateur, artiste ou collectionneur.
Et vous, vous commencez quand ?

Je voulais finir par ce petit aparté :
L’expression « du pain et des jeux » résume bien la manière dont l’empire romain a su calmer la population durant tout son déclin. En fournissant à ses sujets assez de nourriture pour satisfaire leur corps et suffisamment de spectacles pour distraire leur esprit, la classe dirigeante a su contenir l’agitation sociale.
Ce procédé qui a fait ses preuves a été utilisé maintes fois au cours des siècles (et est encore d’actualité malheureusement).
Pour l’anecdote, le grec Hérodote, premier historien de l’occident raconte dans « Les guerres Médiques » comment il y a trois mille ans Atys, roi de Lydie, introduisit les jeux de ballon pour distraire ses sujets après une série de mauvaises récoltes qui provoquait des remous dans la population affamée :
« Le plan adopté contre la famine fut de s’adonner aux jeux une journée entière de façon à ne pas ressentir trop violemment le désir de nourriture, et de manger le lendemain, en s’abstenant de jouer. Ils passèrent ainsi dix-huit années. »
Donner « du pain et des jeux » est donc un dernier recours pour retarder momentanément la dissolution du corps social.
Edifiant n’est-ce pas?

Un brin de poésie pour terminer, avec un extrait de poème de Khalil Gibran :
« Vous travaillez pour marcher d’un même pas avec la terre et l’âme de la terre.
Car rester oisif c’est devenir étranger aux saisons, et s’écarter de la procession de la vie qui avance vers l’infini avec majesté et une orgueilleuse soumission.
Toujours, on vous a raconté que le travail était une malédiction et le labeur une infortune.
Mais moi je vous dis que lorsque vous travaillez vous accomplissez une part de rêve le plus lointain de la terre, celle qui vous a été assignée quand ce rêve est né.
Et c’est en restant au travail que vous manifestez un véritable amour de la vie.
Et aimer la vie dans le travail, c’est établir des liens intimes avec le plus profond secret de la vie.
On vous a raconté aussi que la vie est ténèbres et, épuisés, vous faites écho à ce que disent les épuisés.
Et je dis que la vie est ténèbres, en effet, sans un désir ardent.
Et tout désir ardent est aveugle, s’il n’y a pas connaissance.
Et toute connaissance est vaine, s’il n’y a pas travail.
Et tout travail est vide, s’il n’y a pas amour.
Et lorsque vous travaillez avec amour, vous liez vous-même à vous-même, et aux uns et aux autres.
Le travail est l’amour rendu visible.
Et si vous travaillez sans amour mais seulement avec dégoût, il vaut mieux quitter votre travail et vous asseoir à la porte du temple et accepter l’aumône de ceux qui travaillent avec joie.
Car si vous cuisez le pain avec indifférence, vous cuisez un pain plus amer qui ne satisfait qu’à moitié la faim de l’homme.
Et si vous pressez le raisin à regret, votre regret distille un poison dans le vin.
Et si vous chantez, fut-ce comme les anges, et n’aimez pas chanter, vous rendrez l’oreille de l’homme sourde aux voix du jour et aux voix de la nuit. »

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Si vous voulez aller plus loin sur le sujet, je vous conseille ces livres de Mihaly Csikszentmihalyi :

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Bla bla divers

2 commentaires et des poussières...

  1. cotcot

    février 26, 2011

    hello!

    mon google reader ne me tenait plus au courant de tes actualisations! :(
    Me voilà de retour car j’ai été avisée d’un nouveau comm’s sur le site.

    C’est marrant les coïncidences, je me renseigne sur ce livre en ce moment! (l’effet propagateur du net???)

    à+!

  2. Cobaye 007

    février 26, 2011

    Hello, contente de te retrouver ;o)
    J’espère que tu vas bien. Je ne poste plus aussi fréquemment mais je suis toujours là moi aussi !
    J’ai trouvé ce bouquin à la bibliothèque, il fait partie de ceux qui m’a le plus interpellé ces derniers temps.
    Je l’ai préféré à son autre ouvrage « vivre, la psychologie du bonheur », en tout cas, si tu ne l’as pas encore lu, je te le conseille.
    A++

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février 26, 2011

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